14 juillet 2011

J'aurai ta peau

 

Cher Moi,

 

Tu as pensé que la tâche serait facile. Tu t'es dit qu'étant donné la masse de pensées que tu brassais chaque jour en pure perte et ton adoration pour l'acte de créer des bouquets de mots, il te serait très aisé de débuter. Tant de gens l'ont fait avant toi! Tu t'es dit presque chaque jour depuis plusieurs mois qu'aujourd'hui serait le bon. Et chaque jour tu n'as pas eu de peine à te trouver mille excuses; la fatigue restant de loin ta favorite, le manque de temps la talonnant de près. Tu as intérieurement invoqué les raisons les plus valables. Tu t'es même félicité de ne pas céder au mouvement général et de conserver ton mystère entier, ton identité non entachée d'une mise à nue indésirable. Oui, tu as cru que la besogne serait commode.

 

C'était sans compter sur ton pire ennemi, toi-même.

 

Juste toi-même. Cet être perfectionniste et inhibé, ce contrôleur sans vergogne, ce petit oiseau frêle et tout-puissant, ce vampire suceur de sang, d’énergie et d’amour. Tu ne m’en as pas laissé beaucoup, de l’amour. Tu as décidé de le donner aux autres, de les soutenir, de tout faire pour leur confort, et tu m’as oubliée, ton double indubitable et miroir de tes tourments. Tu m’as abandonnée, moi qui comptais tant sur toi pour me donner la force de réaliser mes rêves.

 

Moi, tu es cruel. Tu écrases du bout du talon tous les jolis espoirs qui me traversent. Tu t’entêtes à ne voir que le laid, l’insatisfaisant, l’handicapant, le honteux et l’indicible. Tu t’acharnes à tuer dans l’œuf toutes mes ambitions. Tu me fatigues, cher Moi, tu m’épuises. Notre cohabitation a eu raison de moi. J’ai envie de t’abandonner, malicieusement, délicieusement, de te laisser sur le bord du chemin comme un pauvre chien qui deviendra errant, de te cracher à la gueule puis de me retourner afin de te tourner le dos et de te mépriser, pour ne plus jamais croiser ton chemin. J’ai envie que tu disparaisses et que tu me laisses caresser le bonheur quand il parvient à me frôler, à m’envahir même quelques secondes, même quelques insaisissables instants.

 

Je te renie. Et pourtant il faudrait que je t’aime.

 

Parce que sans toi, je sais que je n’y parviendrai pas. Sans toi mon pauvre être ne connaîtra jamais l’apaisement souverain qui fera vibrer toutes mes cordes dans un accord parfait. Sans toi le diabolique je ne survivrai pas.

 

Je te mets au défi, cher Moi, de m’empêcher de mener à bien ce projet. Je te braverai jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je ne te vaincrai peut-être pas mais je m’entêterai à t’affaiblir par tous les moyens que je pourrai concevoir.

 

Tu n’auras pas ma peau. Je te pourfendrai.

 

Tu as voulu me faire croire que la tâche serait aisée tout en me la rendant inaccessible. Et je t’ai cru. Aujourd’hui, la complaisance cesse.

 

Cher Moi, j’aurai ta peau.

 

Posté par la negre à 16:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur J'aurai ta peau

    Ravie de te retrouver ici!
    Bises.
    ;-)

    Posté par anne K., 16 juillet 2011 à 08:50 | | Répondre
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