Obama Self

25 juillet 2011

Misha

 

 

La nourrice de Boubou, T., a gardé il y a à peu près un an pendant plusieurs semaines le chien d’une de ses amies qui n’était plus en état de s’en occuper, Misha. Misha était un gros chien blanc docile et les enfants se sont accoutumés à sa présence au fil des jours. Un jour, Misha est parti en Californie ; T. était triste.

 

 

 

Au mois de juin, C., une petite fille du même âge que Boubou, allant chez T. au même rythme que lui, lui a présenté sa cousine californienne en visite, Misha.

 

 

Boubou a un T-shirt avec un gros chien blanc, un husky, sur la poitrine.

 

Ce matin, alors qu’il se réveillait à peine et que je lui demandais quel T-shirt il voulait porter, il me répondit:

 

-Je veux le T-shirt Misha Maman.

 

Je compris tout de suite duquel il s’agissait et me dirigeai vers l’armoire.

 

Et lui de préciser :

 

-Je ne parle pas de la cousine de C.

 

 

 

 

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23 juillet 2011

Tournant

 

Cher Moi,

 

A une semaine du grand saut, tu te sens émue.

 

Tu as pesté sans relâche contre les conditions de travail. Tu as insulté tous les chauffards du Massachusetts. Tu as haï tout ce temps passé dans les embouteillages ou dans les conditions climatiques de ce pays.

 

Et pourtant, tu pleurerais presque, de penser au fait que tu ne pointeras plus, dans une semaine.

 

Afin d’y voir un peu plus clair dans les méandres de tes pensées, tu t’es concocté une petite liste non-exhaustive des avantages et inconvénients liés à ta décision de travailler en freelance.

 

Les plus :

 

-Tu ne passeras plus 40 minutes aller, 40 minutes retour, plus 20 mn pour rentrer de chez la nounou  par jour sur la route, ce qui te fait tout de même 1h40 dans la voiture tous les jours, ce qui équivaut à peu près, si on compte tes deux semaines de vacances annuelles et quelques jours fériés ou maladie à 400 heures par an sur la route, soit l’équivalent de 50 jours travaillés par an (tu n’avais jamais fait ce calcul et penses que tu as eu raison).

 

-Tu ne courras après le temps ni le matin ni le soir et pourras  aménager tes horaires comme bon te semble.

 

-Tu ne dépenseras plus 200$ par mois en essence.

 

-Ta voiture aura moins souvent des problèmes vu qu’elle roulera BEAUCOUP moins.

 

-Tu n’auras plus à téléphoner à ta boss le matin pour t’excuser être en retard.

 

-Tu n’auras plus de comptes à rendre à personne –si  ce n’est sur la qualité de ton travail—ni sur la quantité de traductions effectuées, ni sur ta ponctualité, ta disponibilité ou tes allées et venues.

 

-Tu pourras travailler de n’importe où a priori, du moment qu’une connexion internet sera disponible.

 

-Tu n’auras plus à être sociable lors d’évènements d’entreprise comme la journée annuelle à la plage ou la fête de fin d’année, et toutes les autres petites réunions dont tu as horreur (car tu n’es pas très sociable, il faut bien le reconnaître).

 

-Tu pourras avoir du temps seule à la maison où ni ton fils ni ton mari ne seront là (=tu pourras parler à tes copines et famille de France pendant la journée sans devoir écourter la conversation parce que ton fils en profite pour faire tout ce qu’il n’a pas le droit de faire d’habitude et qu’il sait que tu ne lui diras rien ou qu’il a justement eu l’idée de jouer de la batterie à côté de toi dès que tu as décroché le téléphone).

 

-Tu pourras écrire, ce que tu te plains de ne pas pouvoir faire depuis 2 ans et demi, date à laquelle tu as commencé ce travail.

 

-Tu pourras manger ce que bon te semble et tu n’auras plus accès au distributeur de sucreries de ton entreprise.

 

-Tu pourras travailler moins.

 

-Tu pourras mener à bien tes projets de rénovation de meubles ou autres activités manuelles (tu t’es découvert une passion pour les activités manuelles depuis un certain temps et tu en es toi-même ébahie).

 

-Tu pourras travailler plus pour gagner plus (et tu voteras Sarkozy).

 

-Tu n’auras plus à prendre de jours de congés parce qu’il neigera trop et que tu ne voudras pas prendre la route (=que ton mari menacera de divorcer si tu le fais) ou que la route sera inondée.

 

-Tu seras seule.

 

-Tu pourras être disponible si ton fils a un problème au daycare ou tombe malade ou si la nounou est malade.

 

-Tu seras moins fatiguée et peut-être même capable de ne pas t’endormir sur le canapé à 21h quand ton mari voudra te faire découvrir un super film.

 

-Quand il neigera, tu n’auras plus à risquer ta vie dans les tempêtes ou à te geler dans la voiture à -30°C quand comme par hasard, le chauffage s’est arrêté de fonctionner, et seras bien au chaud dans ta maison.

 

-Tu pourras faire le ménage à un autre moment que le week-end.

 

-Et last, but not least, tu pourras prendre des congés quand tu veux et autant que tu veux (dans la limite de ton budget) parce que tu es française tout de même et que 2 semaines de vacances par an, ça va bien un peu !

 

Les moins :

 

-Tu devras te familiariser avec ce qu’on appelle la comptabilité, et cette pensée te fait froid dans le dos.

 

-Tu devras économiser de l’argent pour payer toi-même tes impôts (et économiser n’est pas ta qualité principale).

 

-Tu devras organiser ton temps pour ne pas passer ta journée au téléphone ou sur internet, ou dans les boutiques dépenser l’argent de tes impôts.

 

-Tu pourras manger ce que bon te semble et n’auras plus accès au distributeur de sucreries de ton entreprise.

 

-Tu ne verras plus personne dans un cadre professionnel et tu as peur de ne plus t’habiller et te maquiller tous les jours.

 

-Tu ne verras plus aussi souvent ton amie Joanna que tu aimes beaucoup et avec qui tu as pris l’habitude de déjeuner ou de boire un café pour refaire le monde.

 

-Tu ne verras plus ton chef d’équipe adorable et gay.

 

-Tu seras chez toi tout le temps et n’éprouveras plus ce sentiment si apaisant de rentrer chez soi après une dure journée (au bout de quelques semaines tu ne pourras plus blairer ta maison).

 

-Tu pourras faire le ménage à un autre moment que le week-end (voir le contenu des parenthèses du point précédent).

 

-Tu n’auras plus de congés ni jours fériés ni jours maladie payés.

 

-Tu n’iras plus dans la petite ville où tu travailles, qui est somme toute assez mignonne et où tu aimais te balader.

 

-Si tu ne travailles pas, tu ne gagneras pas d’argent.

 

-Tu pourras travailler plus pour gagner plus (et tu maudiras Sarkozy).

 

-Tu n’auras plus d’excuses pour justifier de ne pas écrire.

 

-Tu ne verras plus le lever de soleil des matins d’hiver où chaque flocon scintille dans les arbres.

 

-Tu seras seule.

 

 

 

Voilà, dans l’ensemble, les pensées qui te traversent et, fidèle à ta nouvelle philosophie de vie, tu essayes de t’en réjouir. Tu es contente d’avoir donné ta démission non à cause d’un sentiment d’échec mais plus pour regarder vers l’avenir, écouter tes besoins et changer ce qui te fait souffrir dans ton mode de vie.

 

Tu es très heureuse de ton choix mais anxieuse de trouver tes marques dans cette nouvelle organisation. Tu as peur de te sentir isolée mais tu aimes aussi l’isolement.

 

Tu es une drôle de personne.

 

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17 juillet 2011

Bon anniversaire chweety!

 

Cher Boubou,

 

Tu as quatre ans aujourd’hui. C’est tout petit et pourtant si grand.

 

Je me rappelle m’être demandée par quel miracle ce petit bébé allait parler, marcher, penser. Et puis c’est arrivé. Jour après jour, pas après pas, tu t’es redressé, tu as parlé, tu as raisonné.

 

Je te mentirais si je disais que m’occuper de toi est un épanouissement de chaque instant. J’ai souvent envie de te faire taire, de m’enfuir, de m’isoler pour ne plus te voir, ne plus t’entendre, ne plus sentir le poids de la responsabilité que tu as amenée dans ma vie.

 

 Je me suis déjà posé la question « Et s’il n’était pas là, que serait ma vie ? ».

 

Tu sais, j’avais pensé qu’être mère serait la chose la plus naturelle au monde. Comme je me trompais ! Je me suis sentie envahie, dès les premiers jours. Assommée par le poids trop lourd de faire de toi quelqu’un de bien, de sensé, de savant,  en bonne santé, sain et heureux. Avoir la responsabilité de ton bonheur me terrorise. Je n’ai pas voulu reconnaître la honte que ce sentiment m’infligeait. Je l’ai ignorée. J’ai fait comme si elle n’existait pas, comme si la garder pour moi allait m’en libérer. Ce fut le contraire, évidemment. J’ai étouffé. La lutte intérieure qui était la mienne a eu raison de mes forces.

 

Parce qu’évidemment, toutes les mères, les bonnes, aiment inconditionnellement leur enfant ! Toutes les mères ne sont  jamais senties aussi entières qu’après la naissance de leur progéniture ! Toutes les mères me regarderaient avec mépris si elles savaient ce qui m’animait, si elles avaient  accès à ce qui se joue au fond de moi, au monstre que j’abrite.

 

Tu as phagocyté mon espace, happé jusqu’à ma liberté de penser. Renoncer est pour moi synonyme de materner.  Je sombre, souvent, puis je me reprends.

 

Parce que tu es magnifique, et que je suis ta maman. Tu fredonnes des airs inventés par tes soins du matin au soir et cette petite musique emplit la maison des jours durant. Tu dis « Pipi gravier » pour dire « diarrhée ». Tu prends des airs offusqués lorsque je te dis non et déclares sûr de toi « Tu n’es pas ma maman ». Tu refuses catégoriquement de prendre ta douche ou ton bain et c’est à chaque fois un combat, que je gagne au prix d’un pénible effort. Tu refuses que l’on te coupe les cheveux.

 

Je ne peux réellement t’en blâmer, car il faut que tu saches que tes cheveux sont la plus belle invention au monde. Quand il fait très chaud, ils forment des  petits ressorts sur le haut de ton front et dans le creux de ta nuque que je ne me lasse pas de regarder. Tu me dis « I love you » et « je te aime » en me serrant dans tes bras et à chaque fois, je sens que mon cœur va exploser. Tu adores ton Papa. Tu le réclames immanquablement quand il n’est pas là. Tu lui as demandé hier comment Maman faisait pour faire pipi puisqu’elle n’avait pas de zizi. Tu ne supportes pas la tristesse des autres. Quand tu manges des fraises et que leur arôme reste sur ton visage, l’odeur que je m’approche de toi pour humer est le plus doux parfum qui puisse exister. Ta fragrance unique et ces fraises que tu adores, c’est comme un poème olfactif que je pourrais relire éternellement. Tu nous tiens tête, souvent. Tu nous coupes la parole, tout le temps. Tu nous remercies d’avoir cuisiné pour toi. Je t'appelle mon chweety pweety et je devine que ça te plaît. Et quand tu dors, tu nous manques.

 

Tu as ouvert tes cadeaux ce matin avec un plaisir évident. Tu nous as remerciés de les avoir choisis pour toi. Tu étais visiblement heureux que nous les montions et démontions avec toi. J’étais heureuse aussi de nous voir tous les trois, de savourer ces plaisirs tout simples : des cadeaux, un gâteau, des bougies, toi, Papa et moi.

 

Oui, ta venue au monde et ton évolution me posent mille problèmes irrésolus chaque jour, mais tu as quatre ans aujourd’hui mon Boubou.

 

Je te aime aussi.

 

Maman.

 

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14 juillet 2011

J'aurai ta peau

 

Cher Moi,

 

Tu as pensé que la tâche serait facile. Tu t'es dit qu'étant donné la masse de pensées que tu brassais chaque jour en pure perte et ton adoration pour l'acte de créer des bouquets de mots, il te serait très aisé de débuter. Tant de gens l'ont fait avant toi! Tu t'es dit presque chaque jour depuis plusieurs mois qu'aujourd'hui serait le bon. Et chaque jour tu n'as pas eu de peine à te trouver mille excuses; la fatigue restant de loin ta favorite, le manque de temps la talonnant de près. Tu as intérieurement invoqué les raisons les plus valables. Tu t'es même félicité de ne pas céder au mouvement général et de conserver ton mystère entier, ton identité non entachée d'une mise à nue indésirable. Oui, tu as cru que la besogne serait commode.

 

C'était sans compter sur ton pire ennemi, toi-même.

 

Juste toi-même. Cet être perfectionniste et inhibé, ce contrôleur sans vergogne, ce petit oiseau frêle et tout-puissant, ce vampire suceur de sang, d’énergie et d’amour. Tu ne m’en as pas laissé beaucoup, de l’amour. Tu as décidé de le donner aux autres, de les soutenir, de tout faire pour leur confort, et tu m’as oubliée, ton double indubitable et miroir de tes tourments. Tu m’as abandonnée, moi qui comptais tant sur toi pour me donner la force de réaliser mes rêves.

 

Moi, tu es cruel. Tu écrases du bout du talon tous les jolis espoirs qui me traversent. Tu t’entêtes à ne voir que le laid, l’insatisfaisant, l’handicapant, le honteux et l’indicible. Tu t’acharnes à tuer dans l’œuf toutes mes ambitions. Tu me fatigues, cher Moi, tu m’épuises. Notre cohabitation a eu raison de moi. J’ai envie de t’abandonner, malicieusement, délicieusement, de te laisser sur le bord du chemin comme un pauvre chien qui deviendra errant, de te cracher à la gueule puis de me retourner afin de te tourner le dos et de te mépriser, pour ne plus jamais croiser ton chemin. J’ai envie que tu disparaisses et que tu me laisses caresser le bonheur quand il parvient à me frôler, à m’envahir même quelques secondes, même quelques insaisissables instants.

 

Je te renie. Et pourtant il faudrait que je t’aime.

 

Parce que sans toi, je sais que je n’y parviendrai pas. Sans toi mon pauvre être ne connaîtra jamais l’apaisement souverain qui fera vibrer toutes mes cordes dans un accord parfait. Sans toi le diabolique je ne survivrai pas.

 

Je te mets au défi, cher Moi, de m’empêcher de mener à bien ce projet. Je te braverai jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je ne te vaincrai peut-être pas mais je m’entêterai à t’affaiblir par tous les moyens que je pourrai concevoir.

 

Tu n’auras pas ma peau. Je te pourfendrai.

 

Tu as voulu me faire croire que la tâche serait aisée tout en me la rendant inaccessible. Et je t’ai cru. Aujourd’hui, la complaisance cesse.

 

Cher Moi, j’aurai ta peau.

 

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